
Mis à jour en octobre 2026 · Temps de lecture : environ 10 minutes
Camomille, lavande, ashwagandha, passiflore, valériane… Les rayons de pharmacie, de parapharmacie et les réseaux sociaux regorgent de plantes « anti-stress ». Mais qu’en disent réellement les études ? Lesquelles ont des preuves sérieuses, lesquelles reposent surtout sur la tradition, et lesquelles peuvent poser problème ?
Voici un tour d’horizon honnête, plante par plante, à l’occasion de la Journée mondiale de la santé mentale.
À lire d’abord : cet article est informatif. Il ne remplace ni un diagnostic ni un avis médical. En cas de traitement en cours, de grossesse, d’allaitement ou de maladie chronique, demandez l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien avant de prendre une plante ou un complément. Si votre anxiété est intense ou durable, consultez un professionnel de santé.
Comment lire les études sans se tromper
Avant de passer aux plantes, quatre repères pour évaluer ce que vous lirez ailleurs :
- Tradition ≠ preuve. Une plante utilisée depuis des siècles n’a pas forcément été testée rigoureusement.
- Le meilleur type d’étude est l’essai randomisé contre placebo, idéalement répété par plusieurs équipes indépendantes.
- Un extrait précis n’est pas « la plante ». Les résultats d’un extrait standardisé ne s’appliquent pas à une tisane, une poudre ou une huile essentielle.
- Le financement compte. Une étude financée par le fabricant n’est pas invalide, mais elle mérite d’être confirmée par d’autres équipes.
Lavande (voie orale) : l’une des mieux étudiées, avec une réserve
Une analyse regroupant cinq essais randomisés contre placebo, soit plus de 1 200 adultes, a conclu qu’une préparation de lavande à 80 mg par jour pendant dix semaines réduisait l’anxiété plus que le placebo. Une autre analyse portant sur des anxiétés dites « sous le seuil » a aussi relevé un effet anxiolytique notable, sans somnolence. nihuni-muenchen
La réserve importante : ces résultats concernent un produit précis, qui ne se généralise pas aux autres préparations à base de lavande. Par ailleurs, des experts ont relevé que presque tous les essais ont été conduits par des chercheurs liés au fabricant, et que la dernière méta-analyse a été financée par lui. Les résultats sont encourageants, mais ils attendent des confirmations indépendantes. uni-muenchenpsychopharmacologyinstitute
En pratique : ne buvez pas d’huile essentielle de lavande de votre propre initiative. Les études portent sur une préparation pharmaceutique spécifique, pas sur les huiles vendues en flacon. Demandez conseil à un pharmacien.
Ashwagandha : des résultats favorables, mais des précautions sérieuses
L’ashwagandha (Withania somnifera) est la plante « adaptogène » la plus étudiée pour le stress.
Ce que disent les études :
- Une méta-analyse de 2025 a trouvé, chez des adultes stressés ou anxieux, une baisse de l’anxiété, du stress perçu et du cortisol par rapport au placebo après 8 semaines. nih
- Une autre méta-analyse, de neuf essais et 558 patients, a abouti à des résultats comparables, tout en précisant que la sécurité à long terme reste à établir. nutrition-evidence
- Un ensemble plus large de 12 essais et plus de 1 000 adultes a lui aussi montré une baisse statistiquement significative du stress et de l’anxiété. msdmanuals
Les limites : les essais sont de petite taille, de durée courte, et la variabilité des extraits utilisés limite la solidité des conclusions. Un extrait n’équivaut pas à un autre. msdmanuals
Les précautions (très importantes) : en France, l’ANSES a publié en 2024 un avis après des signalements d’effets indésirables. Elle déconseille l’ashwagandha aux femmes enceintes ou allaitantes, aux mineurs et aux personnes souffrant de pathologies thyroïdiennes, hépatiques ou cardiaques. Elle signale aussi des interactions avec certains traitements thyroïdiens et un risque de somnolence. Des cas rares de lésions du foie ont été rapportés dans la littérature médicale. Le Danemark a interdit totalement l’ashwagandha dans les compléments alimentaires en 2023. poudre ashwagandha effets secondaires +3
Conclusion : une piste réelle, mais pas un produit anodin. Parlez-en à un professionnel avant d’en prendre.
Camomille : un effet modeste, un bon rituel
La camomille est l’une des plantes les plus consommées en tisane. Côté preuves :
- Une revue de dix essais cliniques concluait qu’une consommation orale de camomille semble réduire l’anxiété. sdu
- Mais une méta-analyse plus prudente, portant sur 12 essais, n’a pas trouvé de différence sur l’anxiété dans trois essais, mais a relevé une amélioration dans le trouble anxieux généralisé et sur la qualité du sommeil, tout en demandant des études plus larges. nih
Ce qu’on peut retenir : un effet probablement modeste, avec peu de risques pour la plupart des gens. La tisane du soir fonctionne aussi comme un rituel d’apaisement, ce qui compte réellement. Précaution : les personnes allergiques aux plantes de la famille des astéracées (armoise, ambroisie) doivent être prudentes.
Passiflore : des essais prometteurs, mais limités
Une revue de neuf essais cliniques a observé que la plupart rapportaient une baisse de l’anxiété, avec un effet moins net chez les personnes présentant une anxiété légère. Les études sont toutefois petites et hétérogènes (préparations, durées et mesures variables). nih
En pratique : à envisager avec l’avis d’un pharmacien. Elle peut provoquer de la somnolence, et elle est déconseillée pendant la grossesse sans avis médical.
Valériane : une réputation supérieure aux preuves
C’est la plante du sommeil par excellence, mais les données sont décevantes. Une revue de revues publiée en 2024 conclut que les preuves en faveur de la valériane pour l’insomnie sont faibles ou non concluantes, avec une bonne tolérance et peut-être une amélioration du sommeil ressenti, mais sans effet démontré sur des mesures objectives. Une méta-analyse de 2020 se montrait plus favorable, tout en rappelant que les résultats des études précédentes étaient restés incohérents. nihsagepub
À retenir : elle peut aider certaines personnes, mais ne promettez pas de miracle. Évitez de l’associer à l’alcool ou à des somnifères.
Mélisse, tilleul, aubépine, escholtzia : tradition surtout
Ces plantes sont utilisées depuis longtemps pour la détente et le sommeil. Les données cliniques solides restent peu nombreuses. Elles sont généralement bien tolérées en tisane, mais il serait trompeur de leur attribuer des effets prouvés.
Millepertuis : attention, ce n’est pas une plante « anti-stress »
Le millepertuis est parfois présenté comme un remède naturel au stress. En réalité :
- Une revue a conclu que les preuves sont insuffisantes pour l’utiliser seul comme traitement anxiolytique. nutraceuticalsworld
- Surtout, il est connu pour de nombreuses interactions médicamenteuses : il peut réduire l’efficacité de certains traitements (dont la pilule contraceptive, des anticoagulants, des immunosuppresseurs) et, associé à des antidépresseurs, exposer à des effets graves.
Ne le prenez jamais sans avis médical ou pharmaceutique.
Kava : à éviter sans avis médical
Le kava a montré des effets sur l’anxiété dans certaines études, mais des cas d’atteinte du foie ont conduit plusieurs pays à restreindre sa vente. Ce n’est pas une plante à utiliser en autonomie.
Récapitulatif : où en sont les preuves ?
| Plante | Niveau de preuve (anxiété / stress) | Point d’attention principal |
| Lavande orale (extrait standardisé) | Modéré, essais nombreux | Études surtout financées par le fabricant, produit spécifique |
| Ashwagandha | Modéré à limité | Précautions ANSES (foie, thyroïde, grossesse, mineurs) |
| Camomille | Faible à modéré | Effet modeste, allergie possible |
| Passiflore | Faible à modéré | Somnolence, études petites |
| Valériane | Faible (sommeil) | Résultats inconstants |
| Mélisse, tilleul, aubépine… | Très limité | Surtout usage traditionnel |
| Millepertuis | Insuffisant (anxiété) | Nombreuses interactions |
| Kava | Variable | Risque hépatique |
Ce tableau est une synthèse rédactionnelle, établie à partir des études citées plus bas. Il n’a pas valeur de classification officielle.
Cinq idées reçues à corriger
- « Naturel veut dire sans danger. » Faux : une plante active peut interagir avec des médicaments ou avoir des effets indésirables.
- « Une tisane vaut un complément concentré. » Non : les doses et les extraits des essais cliniques n’ont rien à voir avec une infusion.
- « Ça marche pour tout le monde. » Non : les effets varient selon les personnes, et l’effet placebo est important dans l’anxiété.
- « Un adaptogène soigne l’anxiété. » Non : au mieux, certaines plantes peuvent aider à en réduire l’intensité, sans remplacer un suivi.
- « Je peux arrêter mon traitement pour passer aux plantes. » Surtout pas : n’arrêtez jamais un traitement sans l’accord de votre médecin.
Comment utiliser les plantes de manière raisonnable
- Commencez par les bases : respiration, sommeil, mouvement, lien social. Elles ont le meilleur rapport efficacité/risque.
- Privilégiez la tisane (camomille, tilleul, mélisse) comme moment de pause.
- Demandez conseil à un pharmacien avant tout complément concentré.
- Une seule plante à la fois, pour repérer ce qui vous convient.
- Choisissez des produits de qualité : étiquette claire, plante identifiée par son nom latin, fabricant sérieux.
- Fixez une durée et faites le point au bout de quelques semaines.
- Signalez tout effet indésirable à votre médecin ou pharmacien.
Quand consulter ?
Parlez à un médecin ou à un psychologue si l’anxiété dure depuis plusieurs semaines, gêne votre vie quotidienne, provoque des crises de panique ou s’accompagne de pensées sombres.
En cas de détresse :
- France : 3114 (numéro national de prévention du suicide, 24h/24, gratuit)
- Belgique : 0800 32 123
- Suisse : 143
- Québec : 1 866 APPELLE (1 866 277-3553)
- Autres pays : numéro d’urgence local
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure plante contre le stress ?
Il n’y en a pas une seule. Les préparations de lavande à usage oral et l’ashwagandha disposent des essais les plus nombreux, mais avec des limites et des précautions importantes.
La camomille aide-t-elle vraiment à dormir ?
Elle semble améliorer légèrement la qualité du sommeil dans certaines études, et la tisane du soir est un bon rituel de détente.
Peut-on associer plantes et médicaments ?
Seulement avec l’avis d’un médecin ou d’un pharmacien : certaines plantes (millepertuis, entre autres) interagissent avec de nombreux traitements.
L’ashwagandha est-elle interdite en France ?
Elle n’est pas interdite pour les adultes en bonne santé, mais l’ANSES la déconseille à plusieurs catégories de personnes (voir plus haut).
Conclusion
Certaines plantes ont des données encourageantes, mais aucune n’est une solution miracle, et aucune n’est dénuée de précautions. Les plantes sont mieux utilisées comme un soutien parmi d’autres, avec une bonne hygiène de vie et, si nécessaire, un accompagnement professionnel.
Pour aller plus loin :
10 habitudes naturelles pour mieux gérer stress et anxiété
Vidéo : 5 gestes simples contre l’anxiété
PDF gratuit : Mon bien-être mental en 7 jours
Sources
- Effets de l’ashwagandha sur le cortisol, le stress et l’anxiété : revue systématique et méta-analyse, BJPsych Open, 2025 (pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC12242034)
- Vijayakumar V. et al., Effects of Ashwagandha on stress and anxiety: a systematic review and meta-analysis, Explore, 2024 (PMID 39348746)
- Silexan dans les troubles anxieux : méta-analyse d’essais randomisés, Eur Arch Psychiatry Clin Neurosci (PMID 36717399)
- Möller H.-J. et al., Efficacy of Silexan in subthreshold anxiety, 2019 (link.springer.com/article/10.1007/s00406-017-0852-4)
- Valente V. et al., Does valerian work for insomnia? An umbrella review, Eur Neuropsychopharmacol, 2024 (PMID 38359657)
- Shinjyo N. et al., Valerian root in treating sleep problems, 2020 (PMC7585905)
- Hieu T.H. et al., Efficacy and safety of chamomile, 2019 (PMID 31006899)
- Passiflora incarnata in neuropsychiatric disorders, Nutrients, 2020 (PMID 33352740)
- ANSES, avis sur les compléments alimentaires contenant de l’ashwagandha, 2024 (saisine 2021-SA-0077)
- MSD Manuals (version professionnelle), fiches Ashwagandha et Valerian